BIÈRES ZÉRO ET SANTÉ
ANALYSE 5
ANALYSE 5
BIÈRES ZÉRO ET SANTÉ :
Stratégies d'offre
BIÈRES ZÉRO ET SANTÉ :
Stratégies prix
BIÈRES ZÉRO ET SANTÉ :
Stratégies promotionnelles
BIÈRES ZÉRO ET SANTÉ :
Stratégies d'implantation
Retour aujourd’hui, avec LSA et Circana, sur un sujet de santé publique, parfois compliqué à adresser en France, les boissons alcoolisées, plus spécifiquement la bière, et donc les bières zéro.
Et vous n’imaginez pas ce que j’ai découvert en m’intéressant aux bières zero. Une disparité incroyable dans les stratégies des enseignes, et des corrélations parfois très fortes, parfois nulles, entre les déterminants de l’offre et les parts de marché. Et des pistes assez simples pour développer les volumes d’une part, et la masse de marge des enseignes, d’autre part, car tout cela est plutôt bien margé, vous le savez sûrement.
Dans cette nouvelle recherche, nous allons donc analyser, vous connaissez le principe, le soutien des enseignes dans le développement de cette catégorie.
La bière. J’adore la bière, surtout quand elle est brassée à La Trinité sur Mer ou à côté ; Mais vous savez que la bière, même si cela titre moins que la Chartreuse ou le Gin, c’est pas génial-génial pour la santé des gens et pour le bien commun. Et je suis désolé de devoir rappeler quelques chiffres :
41.000 décès et près de 30.000 cancers sont, en France, attribuables à l’alcool, qui constitue la seconde cause de cancers évitables après le tabac ; 1/3 des accidents mortels de la circulation sont attribuables à la consommation d’alcool. Et puis, aussi, des risques accrus d’AVC, de maladies cardiovasculaires, de cirrhose du foie, de malformation des bébés, etc… J’arrête ici, vous savez tous cela, je précise juste que la bière compte pour environ 20% de la consommation d’alcool, en France.
Pour limiter la consommation d’alcool, vous avez observé que les règlementations se durcissent, un peu partout dans le monde, année après année, notamment en développant la fiscalité (selon le principe du bon professeur Pigou dont je vous reparlerai un jour) et en contraignant la publicité pour ces produits. Et donc, pour prendre ceci en considération, mais aussi pour aller chercher les clients des boissons rafraichissantes sans alcool, les principaux acteurs de la filière, tout comme les enseignes, ont développé une très belle offre de panachés et de bières zéro, titrant donc moins de 1,2°. Qui présentent accessoirement l’avantage d’offrir un impact calorique presque deux fois moindre que les bières conventionnelles.
Mais la part de marché de ces offres ne croît pas autant qu’elle le devrait, notamment au regard de la qualité gustative de ces références. C’est ce que vous voyez à l’écran où la part de marché volume est passée en 5 ans de 4,2 à 5,7%.
Certes le marché n’est pas aidé de par :
Le faible soutien du circuit hors domicile, qui constitue un levier de découverte et de premier achat déterminant pour ces catégories de produits ;
Le fait que des marques comme Heineken, 1664 ou Leffe, présentes sur le segment des bières Zero, soient contraintes dans leur communication, de par les dispositions de la Loi Evin ;
La très forte croissance des bières artisanales et leur très forte contribution à la marge des enseignes ; Ces bières artisanales ayant pris une place très importante dans les rayons de toutes les enseignes, mais avec un titrage souvent élevé, ce qui n’est pas excellent quand on regarde à travers le prisme de la santé publique.
Mais quand même, je trouve cette croissance des bières zéro très molle, surtout quand on sait que les enseignes, et la filière en général, gagnent plutôt bien leur vie sur ces références.
Et quand on dit part de marché à 5%, c’est une moyenne. Qui est, vous le savez, la forme la plus élaborée du mensonge, puisqu’une enseigne se rapproche des 7% alors que deux autres se traînent à 4% ; Il y a donc une forte dispersion, puisque le rapport entre les valeurs extrêmes est proche de 2. Alors nous allons essayer de comprendre cette dispersion, en analysant quelques causales.
Notre première recherche, aujourd’hui, va porter sur l’analyse des parts d’offre consacrées à cette famille, et la possible corrélation avec les volumes. Pour cela, regardons ce qui s’est passé entre 2020 et 2025. C’est le tableau qui apparaît à l’écran. Vous voyez que :
1/ Les stratégies des enseignes sont loin d’être homogènes en valeur absolue.
2/ La tendance de développement de l’offre, en relatif, se retrouve à peu près partout, même si cette part d’offre plafonne chez toutes les enseignes depuis 2023
Evidemment, la question que nous nous posons maintenant, c’est l’impact de la part d’offre sur les volumes. Je vous présente donc à l’écran les droites de régression sur les années 2024 (à gauche) et 2025 (à droite). J’ai placé en abscisse les parts d’offre des bières zero vs la catégorie, et en ordonnée, la part de marché.
Nous observons R2 = 0,74 en 2024, et 0,86 en 2025. Nous établissons donc, sans aucun doute possible, la corrélation entre la part d’offre et les volumes.
Alors, en conclusion, si toutes les enseignes (et notamment B et C qui aujourd’hui ne jouent pas le jeu) mettaient à la vente sensiblement plus de bières zéro, elles contribueraient à un monde plus durable, en améliorant de façon évidente la santé de leurs clients et de nos comptes sociaux.
Et ce serait bien meilleur pour leurs affaires car :
1/ vous le savez ces références sont plutôt très bien margées
2/ elles anticiperaient ce qui va bientôt se passer avec certitude à savoir :
la hausse de la fiscalité sur les boissons alcoolisées et les boissons sucrées. La Cour des Comptes, certains parlementaires, et plusieurs instances de santé publique sont à la manœuvre en ce sens ;
la pression croissante des clients, des ONG et des associations de consommateurs pour qu’elles prescrivent à travers leur stratégie d’offre une alimentation plus respectueuse de leur santé ;
En tout cas, une fois de plus, et à travers la démonstration de l’influence de la part d’offre sur les parts de marché, nous avons établi le pouvoir des enseignes pour un monde plus durable, le pouvoir des enseignes pour une consommation plus responsable.
Voila. J’espère que vous avez appris des choses, que cela vous fera réfléchir ou que cela vous mettra en action pour développer la part d’offre des bières zéro, comme de tous les spiritueux zero d’ailleurs. Dans quelques jours, je vous parlerai de l’influence du prix, et nous aurons des surprises.
Retour donc sur un sujet de santé publique, parfois compliqué à adresser en France, les boissons alcoolisées, plus spécifiquement la bière, et donc les bières zéro.
Et vous n’imaginez pas ce que j’ai découvert en m’intéressant aux bières zero. Une disparité incroyable dans les stratégies des enseignes, et des corrélations parfois très fortes, parfois nulles, entre les déterminants de l’offre et les parts de marché. Et des pistes assez simples pour développer les volumes d’une part, et la masse de marge des enseignes, d’autre part, car tout cela est plutôt bien margé, vous le savez sûrement.
Dans cette nouvelle recherche, nous allons donc analyser, vous connaissez le principe, le soutien des enseignes dans le développement de cette catégorie.
La bière. J’adore la bière, surtout quand elle est brassée à La Trinité sur Mer ou à côté ; Mais vous savez que la bière, même si cela titre moins que la Chartreuse ou le Gin, c’est pas génial-génial pour la santé des gens et pour le bien commun. Et je suis désolé de devoir rappeler quelques chiffres :
41.000 décès et près de 30.000 cancers sont, en France, attribuables chaque année à l’alcool, qui constitue la seconde cause de cancers évitables après le tabac ; 1/3 des accidents mortels de la circulation sont attribuables à la consommation d’alcool. Et puis, aussi, des risques accrus d’AVC, de maladies cardiovasculaires, de cirrhose du foie, de malformation des bébés, etc… J’arrête ici, vous savez tous cela, je précise juste que la bière compte pour environ 20% de la consommation d’alcool, en France.
Pour limiter la consommation d’alcool, vous avez observé que les règlementations se durcissent, un peu partout dans le monde, année après année, notamment en développant la fiscalité et en contraignant la publicité pour ces produits.
Et donc, pour prendre ceci en considération, mais aussi pour aller chercher les clients des boissons rafraichissantes sans alcool, les principaux acteurs de la filière, tout comme les enseignes, ont développé une très belle offre de panachés et de bières zéro, titrant donc moins de 1,2°. Qui présentent accessoirement l’avantage d’offrir un impact calorique presque deux fois moindre que les bières conventionnelles.
Mais la part de marché de ces offres ne croît pas autant qu’elle le devrait, notamment au regard de la qualité gustative de ces références. C’est ce que vous voyez à l’écran où la part de marché volume est passée en 5 ans de 4,2 à 5,7%.
Certes le marché n’est pas aidé de par :
Le faible soutien du circuit hors domicile, qui constitue un levier de découverte et de premier achat déterminant pour ces catégories de produits ;
Le fait que des marques comme Heineken, 1664 ou Leffe, présentes sur le segment des bières Zero, soient contraintes dans leur communication, de par les dispositions de la Loi Evin ;
La très forte croissance des bières artisanales et leur très forte contribution à la marge des enseignes ; ces bières artisanales ayant pris une place très importante dans les rayons de toutes les enseignes, mais avec un titrage souvent élevé, ce qui n’est pas excellent quand on regarde à travers le prisme de la santé publique.
Mais quand même, je trouve cette croissance des bières zéro très molle, surtout quand on sait que les enseignes, et la filière en général, gagnent plutôt bien leur vie sur ces références.
Et quand on dit part de marché à 5%, c’est une moyenne. Qui est, vous le savez, la forme la plus élaborée du mensonge, puisqu’une enseigne se rapproche des 7% alors que deux autres se traînent à 4% ; il y a donc une forte dispersion, puisque le rapport entre les valeurs extrêmes est proche de 2. Alors nous allons essayer de comprendre cette dispersion, et notre seconde recherche va porter aujourd’hui sur le prix, et la possible corrélation avec les volumes.
Pour cela, nous avons analysé avec Circana l’évolution du ratio entre le prix moyen des bières zero et panachés, au litre, et le prix moyen des références de l’ensemble de la catégorie des bières. Et bien, ce ratio a évolué assez défavorablement entre 2020 et 2023, puisqu’il est passé de 0,85 à 0,91 (c’est-à-dire que la compétitivité prix relative des bières zéro a perdu 7 points), puis ce ratio s’est stabilisé en 2024-2025. Ce sont des moyennes évidemment, et le tarif de l’industriel tout comme le choix de faire sortir des rayons les références du décile prix le plus élevé peuvent également constituer des facteurs explicatifs de la baisse de ce ratio, au-delà de la stratégie de marge des enseignes et de leurs conditions d’achat.
Si on le regarde maintenant par enseigne, alors là c’est assez rock n’roll, puisque nous avons une très forte dispersion, en dynamique et en valeur, dispersion symbolisée par un écart de 13% entre les enseignes E et H en 2025, delta que pas grand-chose ne semble justifier sauf peut-être l'évolution de l'assortiment en bières zéro et/ou en bières conventionnelles. Alors ensuite, vous connaissez le principe, je suis allé regarder s’il y avait une corrélation entre ce ratio des prix relatifs et la part de marché de la famille. C’est ce que vous voyez apparaître à l’écran, à gauche en 2024, à droite pour 2025. Vous découvrez que R2 est de l’ordre de 0,15. La corrélation est faible ; elle n’est pas nulle, mais elle est faible. Ce n’est donc pas tellement un effort sur le prix (relatif ou absolu) qui semble pouvoir faire décoller ces produits.
J’ai tenté une autre approche d’analyse. J’ai pris deux bornes, 2020 et 2025, et j’ai regardé par enseigne l’évolution (négative donc) de cette compétitivité prix des bières zero et des panachés, donc la vitesse de décalage à la hausse du prix des bières zero vs les bières conventionnelles. C’est ce que vous voyez à l’écran, par enseigne. Vous voyez que trois enseignes se sont bien servies en termes de pricing et donc de marge, il s’agit de D, E et I. Mais ce qui est troublant, ici aussi, c’est quand je mets l’évolution 2020/2025 de cette compétitivité prix en face de l’évolution des parts de marché, et bien je ne trouve aucune corrélation. Donc, ce qu’a fait l’enseigne B, et qui est a priori vertueux, ne se retrouve pas dans l’évolution de la part de marché des bières zéro chez elle.
C’est ce que vous voyez à l’écran. En abscisse, l’évolution 2020/25 de la compétitivité prix des bières zéro, et en ordonnée l’évolution 2020/25 de la part de marché. R2, mon coefficient de corrélation, est égal à zero…
En conclusion : Les enseignes ayant limité la baisse de compétitivité prix des bières zéro et des panachés sur la durée n’ont pas significativement développé la part de marché de cette famille, même si l’intention était louable. Tout ceci me semble donc constituer une opportunité pour les enseignes qui cherchent à améliorer la santé de leurs clients, nos comptes publics, et développer leur masse de marge à la catégorie. Elles peuvent donc revoir raisonnablement leur mix marge sur ces produits. Mais surtout penser à améliorer la part d’offre de ces références, comme nous l’avons vu lors de l’épisode précédent.
Le pouvoir des enseignes pour un monde plus durable se joue donc ici sur la taille de l’offre à consacrer aux bières zéro et aux panachés, moins au prix relatif vs le conventionnel, même si tous les efforts sur ce chapitre seront les bienvenus. En effet, lorsque ce marché sera plus important, il faudra possiblement jouer avec les codes de la catégorie en termes de prix.
Voila. J’espère que vous avez appris des choses, que cela vous fera réfléchir ou que cela vous mettra en action, notamment pour développer la part d’offre des bières zéro, comme de tous les spiritueux zéro d’ailleurs. Dans quelques jours, je vous parlerai de l’influence de la promotion, et nous aurons des surprises.
Suite de mon sujet de santé publique, parfois compliqué à adresser en France, les boissons alcoolisées, plus spécifiquement la bière, et donc les bières zéro.
Et vous savez ce que j’ai découvert en m’intéressant aux bières zéro: une disparité incroyable dans les stratégies des enseignes, et des corrélations parfois très fortes, parfois nulles, entre les déterminants de l’offre et les parts de marché. Et des pistes assez simples pour développer les volumes d’une part, et la masse de marge des enseignes, d’autre part, car tout cela est plutôt bien margé, vous le savez sûrement.
Dans cette nouvelle recherche, nous allons donc analyser, vous connaissez le principe, le soutien des enseignes dans le développement de cette catégorie.
La bière. J’adore la bière, surtout quand elle est brassée à La Trinité sur Mer ou à côté ; mais vous savez que la bière, même si cela titre moins que la Chartreuse ou le Gin, c’est pas génial-génial pour la santé des gens et pour le bien commun. Et je suis désolé de devoir rappeler quelques chiffres :
41.000 décès et près de 30.000 cancers sont, en France, attribuables à l’alcool, qui constitue la seconde cause de cancers évitables après le tabac ;
1/3 des accidents mortels de la circulation sont attribuables à la consommation d’alcool.
Et puis, aussi, des risques accrus d’AVC, de maladies cardiovasculaires, de cirrhose du foie, de malformation des bébés etc etc… J’arrête ici, vous savez tous cela, je précise juste que la bière compte pour environ 20% de la consommation d’alcool, en France.
Pour limiter la consommation d’alcool, vous avez observé que les règlementations se durcissent, un peu partout dans le monde, année après année, notamment en développant la fiscalité et en contraignant la publicité pour ces produits.
Et donc, pour prendre ceci en considération, mais aussi pour aller chercher les clients des boissons rafraichissantes sans alcool, les principaux acteurs de la filière, tout comme les enseignes, ont développé une très belle offre de panachés et de bières zéro, titrant donc moins de 1,2°. Qui présentent accessoirement l’avantage d’offrir un impact calorique presque deux fois moindre que les bières conventionnelles.
Mais la part de marché de ces offres ne croît pas autant qu’elle le devrait, notamment au regard de la qualité gustative de ces références. C’est ce que vous voyez à l’écran où la part de marché volume est passée en 5 ans de 4,2 à 5,7%.
Certes le marché n’est pas aidé de par :
- Le faible soutien du circuit hors domicile, qui constitue un levier de découverte et de premier achat déterminant pour ces catégories de produits ;
- Le fait que des marques comme Heineken, 1664 ou Leffe, présentes sur le segment des bières zéro, soient contraintes dans leur communication, de par les dispositions de la Loi Evin ;
- La très forte croissance des bières artisanales et leur très forte contribution à la marge des enseignes ; ces bières artisanales ayant pris une place très importante dans les rayons de toutes les enseignes, mais avec un titrage souvent élevé, ce qui n’est pas excellent quand on regarde à travers le prisme de la santé publique.
Mais quand même, je trouve cette croissance des bières zéro très molle, surtout quand on sait que les enseignes, et la filière en général, gagnent plutôt bien leur vie sur ces références. Et quand on dit part de marché à 5%, c’est une moyenne. Qui est, vous le savez, la forme la plus élaborée du mensonge, puisqu’une enseigne se rapproche des 7% alors que deux autres se traînent à 4% ; il y a donc une forte dispersion, puisque le rapport entre les valeurs extrêmes est proche de 2. Alors nous allons essayer de comprendre cette dispersion, en analysant aujourd’hui ce qui se passe sur la promo, et la possible corrélation avec les volumes.
Pour mener notre recherche, nous avons construit avec Circana un indice d'exposition promotionnel qui est le ratio, pour chaque enseigne, entre la part d'offre en promo prospectus et la part d'offre.
Vous voyez dans le graphique qui apparait à l’écran l’évolution de cet indice sur 5 ans, par enseigne, pour les bières zéro et les panaché : vous voyez que les stratégies par enseigne sont assez hétérogènes, et que, sur la durée, en moyenne toutes enseignes, cet indice varie peu. Assez étonnement, sur les bières classiques, cet indice d’exposition promo, en moyenne, baisse sur la période d’observation, même s’il est également très hétérogène d’une enseigne à l’autre.
Alors ce faible soutien promotionnel des bières zéro est-il une des causes de la baisse de la part de marché ? Et bien non ! Et la grosse surprise, c’est que nous avons une corrélation qui dit juste le contraire. Vous voyez ici la droite de régression entre notre indice et la part de marché volume pour 2025, mais c’est vrai pour toutes les années passées. La part de marché des bières zéro a même tendance à s’apprécier dans les enseignes qui jouent modérément la promo. C’est assez contre-intuitif. Nous avons donc essayé de le comprendre avec Circana, et on s’est dit que 3 hypothèses pouvaient expliquer cela :
1/ Des problèmes d’exécution, avec peu de mises en avant en magasin ;
2/ Trop peu de marques jouées, donc une promo moins efficace ;
3/ Les mécaniques jouées par certaines enseignes sont possiblement moins attractives et pèsent sur l’efficacité promo ;
Néanmoins, et en conclusion, on peut dire que les enseignes qui ont amélioré l’exposition promo des bières zéro sur la durée n’ont pas significativement développé la part de marché de cette famille, même si l’intention était plutôt bonne. Il est possiblement malin de ne pas mettre trop d’énergie et de moyens sur ce levier. Ceci me semble donc constituer une opportunité pour les enseignes qui cherchent à améliorer la santé de leurs clients et développer leur masse de marge à la catégorie. Elles peuvent donc revoir avantageusement leur mix promo sur ces produits, mais surtout, en amont de ceci, penser à développer significativement la part d’offre des bières zéro et des panachés.
Voila. J’espère que vous avez appris des choses, que cela vous fera réfléchir ou que cela vous mettra en action, notamment pour développer la part d’offre des bières zéro, comme de tous les spiritueux zéro d’ailleurs. Dans quelques jours, je vous partagerai quelques observations quant aux stratégies d’implantation mises en œuvre par nos enseignes sur les bières zéro. Et ce sera assez étonnant !
Une dispersion de malade quant à la qualité d’implantation des bières zéro. un rapport de 1 à 4 entre Coopérative U et Monoprix !
Et, si je mets de côté Monoprix de par son atypisme, j’observe quand même un rapport de 1 à 2 entre Coopérative U et Auchan, Intermarché ou Market ;
Vous vous souvenez pourquoi je m’intéresse aux Bières Zero : la bière c’est environ 20% de la consommation d’alcool, en France. Et l’alcool, désolé de le rappeler, c’est 41.000 décès et près de 30.000 cancers par an, ce qui constitue la seconde cause de cancers évitables après le tabac ; Et puis, aussi, des risques accrus d’AVC, de maladies cardiovasculaires, de cirrhose du foie, de malformation des bébés etc ;
Donc, pour prendre ceci en considération, mais aussi pour aller chercher les clients des boissons rafraichissantes sans alcool, les principaux acteurs de la filière, tout comme les enseignes, ont développé une très belle offre de panachés et de bières zéro, titrant donc moins de 1,2°. Qui présentent accessoirement l’avantage d’offrir un impact calorique presque deux fois moindre que les bières conventionnelles.
Mais la part de marché de ces offres ne croît pas autant qu’elle le devrait, notamment au regard de la qualité gustative de ces références. C’est ce que vous voyez à l’écran où la part de marché volume est passée en 5 ans de 4,2 à 5,7%. C’est minable, au regard de ces enjeux de santé publique.
Certes le marché n’est pas aidé de par :
- Le faible soutien du circuit hors domicile, qui constitue un levier de découverte et de premier achat déterminant pour ces catégories de produits ;
- Le fait que des marques comme Heineken, 1664 ou Leffe, présentes sur le segment des bières Zero, soient contraintes dans leur communication, de par les dispositions de la Loi Evin ;
- La très forte croissance des bières artisanales et leur très forte contribution à la marge des enseignes ; Ces bières artisanales ayant pris une place très importante dans les rayons de toutes les enseignes, mais avec un titrage souvent élevé, ce qui n’est pas excellent quand on regarde à travers le prisme de la santé publique.
Et quand on dit part de marché à 5%, c’est une moyenne. Qui est, vous le savez, la forme la plus élaborée du mensonge, puisqu’une enseigne se rapproche des 7% alors que deux autres se traînent à 4% ; Il y a donc une forte dispersion, puisque le rapport entre les valeurs extrêmes est proche de 2.
Alors je suis allé regarder les stratégies d’implantation des enseignes. Pour ce faire, nous avons visité le rayon bières et panachés de 47 points de vente aux enseignes Leclerc, Carrefour, Intermarché, U, Auchan, Market et Monoprix, donc environ 6 magasins par enseigne. Et nous avons relevé dans ces magasins le nombre de mètres linéaires développés consacrés aux trois grandes marques offrant des bières zéro et des bières conventionnelles, Heineken, Leffe et 1664.
Ensuite, nous avons pondéré cette mesure par la qualité de l’implantation en termes de niveau d’exposition. Assez arbitrairement, j’ai considéré que lorsqu’une référence était implantée à hauteur des yeux, le cm valait 1. A hauteur des mains, il valait 0,9. En haut il valait 0,6 et en bas 0,7. Et lorsqu’elle était en palette au sol, un coef de 1,5.
Ensuite, avec l’usage de ce coefficient, nous avons créé un indice d’exposition des bières zéro de ces 3 marques, qui est le ratio de l’espace accordé, pondéré par son altitude, entre zéro et conventionnel ;
Et là, nous avons observé une dispersion assez étonnante entre les enseignes, même si les chiffres que je vous partage n’ont pas valeur de vérité de par la taille de mon échantillon. Mais ils parlent quand même, surtout si on imagine que les recommandations du national sont suivies au local :
Coopérative U n’accorde que 6% de son espace pondéré aux bières zéro, alors que Monoprix leur en accorde 23% ; Vous voyez ici la position pour chaque enseigne :
Alors je me suis un peu frotté les yeux quand j’ai vu cette dispersion, et surtout quand j’ai constaté la faiblesse de cette valeur chez U, qui est quand même une enseigne engagée depuis très longtemps pour défendre la santé de ses clients. Je me souviens de Serge Papin annonçant il y a déjà plus de 10 ans le retrait de dizaines de substance controversées de leurs MDD. Il avait été, je crois, le premier à le faire. Et depuis, sous la Présidence de Dominique Schelcher, l’enseigne a contribué à œuvrer dans ce sens.
Nous avons aussi, par ailleurs, observé quelque-chose qui me semble très important sur ce sujet, c’est la pertinence de l’implantation des bières zéro, c’est-à-dire leur proximité ou non avec leur grande sœur « conventionnelle ». Bref, est-ce que j’implante Heineken Zéro à côté de Heineken ou plutôt ailleurs avec les panachés ?
Alors en images, cela donne ceci :
Coopérative U implante donc les Zéro avec les panachés. On ne mélange pas le zéro avec le conventionnel. Et donc seulement 6% de part de linéaire développé pondéré en faveur du Zéro.
C’est un peu mieux chez Carrefour, puisque ce ratio passe à 9%. Mais on reste assez loin des meilleurs, et notamment de sa petite sœur, Market. Et ici aussi, on ne mélange pas. Les bières zéro sont implantées avec les panachés.
Avec Leclerc, nous passons la barre des 10%.
Chez Market, nous voici à 12% de l’espace pondéré accordé aux bières zéro
12% chez Intermarché également, avec des bières zéro toujours implantées uniquement dans un rayon dédié, avec les panachés
Comme chez Auchan, qui accorde 13% de son espace pondéré à cette famille. C’est bien !
Et je vais finir ce petit tour de France avec Monoprix, et une double surprise. D’abord, vous l’avez compris, leur ratio de vertu monte à 23%. C’est remarquable. Et par ailleurs, nous avons observé dans quelques Monoprix une implantation des bières zéro à côté de leur grande sœur, la « conventionnelle » donc : Heineken Zéro à côté de Heineken ; Idem pour Leffe Zero et 1664 zero ;
C’est intéressant à deux titres : Soit la reco nationale dit que c’est mieux de ne pas le faire. OK, mais certains le font quand même… Alors s’ils persistent, c’est qu’il doit y avoir une raison. Soit la reco nationale dit que c’est bien de le faire et là, malgré l’évidence et l’injonction, certains ne le font pas.
C’est un vrai sujet, et vous connaissez ma croyance. Sur ces sujets de transition, tant que les parts de marché sont faibles, je me demande s’il n’est pas nécessaire d’implanter aussi là où est le flux pour donner l’occasion, avant même de donner envie, d’essayer l’offre alternative quand elle est vertueuse.
En conclusion, et même si je n’ai pas démontré le lien entre la qualité de l’implantation et la part de marché, il apparaît une forte dispersion entre les stratégies des enseignes. Et je ne veux pas ne pas croire que celles qui implantent généreusement et à la bonne altitude ne sont pas celles qui présentent à la sortie le meilleur profil en termes de part de marché. Puisque, vous le savez, je crois au pouvoir de l’offre, au pouvoir des enseignes pour une consommation plus responsable. Alors, si toutes les enseignes implantaient sensiblement mieux les bières zéro, elles contribueraient à un monde plus durable, en améliorant de façon évidente la santé de leurs clients et de nos comptes sociaux.
Et ce serait bien meilleur pour leurs affaires car :
1/ vous le savez ces références sont plutôt très bien margées
2/ elles anticiperaient ce qui va bientôt se passer avec certitude à savoir :
- la hausse de la fiscalité sur les boissons alcoolisées et les boissons sucrées. La Cour des Comptes, certains parlementaires, et plusieurs instances de santé publique sont à la manœuvre en ce sens ;
- la pression croissante des clients, des ONG et des associations de consommateurs pour qu’elles prescrivent à travers leur stratégie d’offre une alimentation plus respectueuse de leur santé ;
Voila. J’espère que vous avez appris des choses, que cela vous fera réfléchir ou que cela vous mettra en action pour améliorer le merchandising et l’implantation des bières zéro, comme de tous les spiritueux zéro d’ailleurs.